Solidaires 37

Une semaine au coeur de la " machine " syndicale

jeudi 9 juin 2016 par Solidaires37

" La Nouvelle République " a suivi durant une semaine l’intersyndicale CGT-FO-Solidaires-FSU tourangelle opposée à la loi Travail, avant la grande journée nationale du 14 juin. Manifs, réunions, distribution de tracts...

Les syndicats opposés à la loi Travail vont-ils tenir le coup face au gouvernement, à l’Elysée ? C’est la question que tout le monde se pose. En Indre-et-Loire, l’intersyndicale CGT-FO-FSU-Solidaires (qui représente 12.000 adhérents) multiplie les actions, distribution de tracts mardi en zones industrielles, votation citoyenne, manifestations.

Nouveaux outils

Face à face viril avec des étudiants anars à la Camusière, siège syndical départemental à Saint-Avertin. Doutes et certitudes des délégués... Les syndicats s’adaptent aux nouveaux outils d’information : " J’ai un réseau de 300 personnes sur twitter " explique le premier secrétaire de la CGT, Stéphane Deplobin. Mais, rien de tel que des " campagnes de terrain " disent-ils, affichage, porte-à-porte, tractage.

Ils ne représenteraient qu’eux mêmes ?

" On a plus d’adhérents - qui cotisent de 150 à 200 € par an - que les partis politiques où la carte est à 20 € " attaque Grégoire Hamelin, secrétaire départemental FO.

Les syndicats affirment qu’ils ont la majorité silencieuse derrière eux, contre la loi Travail, et veulent le prouver à la manifestation nationale du mardi 14 juin, avec une manifestation prévue aussi à Tours ce même jour à 14 h 30.

Au charbon

billet

" Voyous, terroristes, a accusé le président du Medef, qui fait dans le capital mais pas dans la dentelle. Salauds de syndicalistes : c’est la « petite musique », comme le dit Eric Sionneau, de Solidaires, que nos gouvernants et patrons diffusent depuis des semaines. Grèves, blocages, pénurie de carburant, inondations, Euro de foot, état d’urgence. Le pays a un genou à terre et les syndicats anti-loi Travail, CGT en tête, enfoncent le clou contre vents et marées. Chacun ses armes. Le Premier ministre a le 49-3, pas à l’honneur de la démocratie, et les syndicats ont le droit de manifester. Ça passe ou ça casse, des deux côtés. La NR a passé une semaine dans les coulisses du monde syndical en colère pour voir comment il vit les évènements entre doutes, fatigues et tensions. C’est lui qui va au charbon, soutenu par la masse silencieuse des Français, et de cela, il est fier. Au yeux de beaucoup, il fait le sale boulot ".

19 : le chiffre

C’est le nombre de manifestations organisées depuis janvier 2016 en Indre-et-Loire, dont une quinzaine depuis mars contre la loi Travail. Parmi les syndicats engagés, citons la CGT (5.300 adhérents), Force ouvrière (3.500), Sud-Solidaires (1.300), FSU (1.600). La CFDT n’est pas dans le mouvement mais entretient les liens avec les autres centrales. Guy Sionneau, secrétaire départemental de la CFDT : « Certains de nos 5.000 adhérents ont des inquiétudes sur la loi, l’article 2, mais il faut argumenter, expliquer. Beaucoup de gens apprécient notre position. Ce qui me gêne, c’est la passivité de nos collègues qui soutiennent la loi comme nous. Et je me demande comment nos collègues anti-loi vont se sortir de cette bataille. »


Tractage à la sortie des usines

Ce mardi 7 juin, 7 h, Joué-lès-Tours. Rassemblement des volontaires CGT, FO, Solidaires sur le parking Super U pour la distribution des 3.000 tracts tout chauds de la veille. Vite fait bien fait, le groupe se partage les tâches, et c’est l’envolée de moineaux syndicaux vers différents sites, à la rencontre de la France qui se lève tôt et ne gagne pas plus. Avec Gérard, FO, carrière de routier, surnommé « Père Noël » pour sa barbe blanche, retraité, de Rochecorbon, direction la zone d’activité de la Liodière : « Le tractage, ça permet le dialogue, quand les gens ont le temps, mais comme ils sont souvent à la bourre… Je reviens de deux blocages à Perpignan il y a quinze jours, et c’est efficace aussi. C’est con d’avoir ça comme moyen de pression, mais on n’a pas autre chose. » Comme d’autres, il est écartelé entre l’envie de tout bloquer et la volonté de « ne pas emmerder les populations ».

Tous les syndicalistes le disent : il n’y a plus de grosses boîtes ni de sorties massives d’ouvriers aux heures de pointe, alors, il faut arrêter les salariés qui arrivent un à un au volant de leur voiture : « Parfois, on se fait engueuler. » Mais Gérard a le chic pour faire passer le courant : « Bonjour, c’est contre la loi Travail, merci, bon courage, bonne journée ! » Certains prennent la peine d’encourager les syndicalistes : « Allez-y, on vous soutient ! » Un deuxième : « Faudrait être tous ensemble, les gars ! » Gérard saisit la balle au bond : « Ben, viens nous rejoindre, camarade ! » Un autre chauffeur en livraison : « J’aime pas la politique mais cette loi, elle nous fait chier ! »

Gérard fait toutes les manifs sous la bannière FO mais « en a un peu ras le bol » de ces manifs, avoue-t-il. Il n’a même pas pu commencer son jardin ; à cause de la météo aussi. Malgré tout, il s’accroche, tient bon. Pourquoi ? « Car à cause de la loi Travail, on va tous y laisser des plumes. On se fait tous arnaquer. » A ses côtés, Daniel, un retraité de la banque, CGT : « L’essentiel, c’est d’expliquer aux gens en deux mots l’article 2, accords de branches, et celui sur les heures supplémentaires, les pires. » Et s’emporte : « Regardez au Crédit Lyonnais, on était 70.000 autrefois, 18.000 aujourd’hui ! » Un de ses copains arbore un tee-shirt imprimé de ce slogan : « Le prolo se tue à la tâche, le patron se tue à la hache. » Le soleil pointe aux dessus des toits d’usines. Enfin un peu de chaleur pour réchauffer les cœurs.

" Mieux qu’un bulletin de vote "

Eric Sionneau, Tours, 2 juin.

Eric Sionneau, un look à la Bernard Lavilliers, déloge un à un les jeunes qui se couchent sur le rail pour bloquer le tramway, place Jean-Jaurès à Tours, jeudi 2 juin, en fin de manif : « Ils veulent jouer les héros de la classe ouvrière ! », sourit-il. Le secrétaire départemental de Sud Solidaires, en vieux briscard, sait y faire et empêche ainsi l’affrontement avec les forces de l’ordre. Le combat contre la loi Travail ? « C’est un marathon. L’affaire ne sera pas réglée en quinze jours. » Nos gouvernants les auront-ils à l’usure, les syndicalistes ? «  Ils ont cru ! En Indre-et-Loire, notre intersyndicale fonctionne bien. On se fait peut-être la guéguerre dans les boîtes à cause de nos élections, mais l’idée est d’oublier ça. La CGT, c’est plus open aujourd’hui. Même une manif à 1.500 personnes, on ne crache pas dessus, alors que le mouvement étudiant est moribond. »

La grève ? « C’est compliqué, ça coûte du pognon, mais plus de 80 % des Français nous soutiennent. On a la légitimité. » La mobilisation ? «  Difficile quand, sur les 14.000 boîtes en Indre-et-Loire, 90 % sont des PME, sans représentants syndicaux. Les syndicats ne représentent plus rien ? On a plus d’adhérents que les partis politiques ! » Les critiques de Gattaz ? « Il est né avec une petite cuillère en or dans la bouche. Vulgaire dans son comportement ! » Le gouvernement ? « Dramatique ! Et ce qui nous tue, c’est qu’il se dit de gauche ! Quitte à ce qu’il perde le pouvoir, au moins qu’il le perde avec panache ! Nous, on pense que le combat peut créer de l’espoir, il est porteur d’alternatives sociales et ça, c’est plus ambitieux qu’un simple bulletin de vote de temps en temps ! » L’antisyndicalisme ambiant ? «  On peut aussi interdire les grèves et les syndicats, non ? Marine Le Pen n’aura plus qu’à s’asseoir dans le fauteuil car l’enjeu, il est là aussi ! Le syndicalisme en France a toujours été ainsi, d’adhésion, de conviction et minoritaire, mais là, depuis trois mois, on défend les intérêts de tous les salariés ! »

Les étudiants : " Vous vieillissez ! "

Les étudiants tourangeaux.

Lundi 6 juin, 11 h, à la Camusière à Saint-Avertin. Les trois « chefs » syndicaux Grégoire Hamelin (FO), Stéphane Deplobin (CGT) et Solidaires (Eric Sionneau) préparent leur semaine de luttes, s’attardent sur le tract à distribuer le lendemain et sur le déplacement du 14 à Paris. Appliqués, concentrés. Arrivent trois représentants étudiants, c’est prévu, classés extrême-gauche, anars, pour accorder les violons de la contestation. Cela tourne vite au (gentil) bras de fer. Les jeunes seraient embrigadés par les syndicats ? Pas ceux-là ! Les étudiants, sévères : « Nous sommes déçus de la dernière manif. On voulait bloquer le tram. Vous êtes tous partis. » Sur la mobilisation qu’ils jugent faiblarde, pas comparable à 36 ou mai 68 : « C’est la montée en pression qui va créer la force. On tracte depuis trois mois, mais rien ne bouge. » Les syndicalistes : « On fait le taf, mais ça patauge dans la semoule (… ) Nos camarades ne tiendront pas seuls, et on nous culpabilise en permanence […] Ça tangue là-haut (au gouvernement). On peut gagner ! » Les étudiants accentuent leurs reproches : « Vous vieillissez ! Votre masse vieillit, on le voit dans les manifs ! » Ils veulent mener des « opérations Robin des Bois », des interventions aux caisses des grandes surfaces « pour prendre des aliments et les redistribuer aux pauvres ». Les étudiants en remettent une couche : « Si on ne bloque pas avant le 14, c’est foutu. » Ils veulent « aller chez Radiall à Château-Renault, la boîte de Gattaz, et sous les fenêtres du préfet. »


" On fait le taf, mais ça patauge un peu "

Les étudiants poursuivent : « Même si on se fait " lacrymoter " la tronche et que Cazeneuve veut casser du gaucho, il faut bloquer les routes, aller aux péages d’autoroute. Vous, syndicats, vous êtes dans la logique du comment-ne-pas-se-faire-foutre-sur-la-gueule. » Les syndicalistes : « Les actions minoritaires se retournent toujours contre les salariés. Elles emmerdent les usagers mais pas le grand capital. Nous, on a un militant en prison, sa vie est laminée. On est à la peine, on a même du mal à faire venir les salariés en AG. » Dernière petite provoc’ des étudiants : « Mais, pourquoi les salariés ne suivent plus leurs délégués ? » Les syndicalistes : « Sans nous, la loi serait déjà votée ! » Les étudiants repartent avec leurs certitudes. Les syndicalistes se penchent à nouveau sur leur tract du lendemain. Rêve du Grand Soir d’un côté, le nez dans le guidon de l’autre

Olivier Pouvreau


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